Pointe-Noire : concertation pour la transparence et la bonne gouvernance forestière.

Pointe-Noire a abrité du 29 au 30 septembre 2011 la 4ème édition de la RACEWOOD, qui est un forum d’échanges entre les producteurs et les consommateurs de bois d’Afrique Centrale et de partenariat entre décideurs ou acteurs de la gestion durable des forêts. Près de 400 participants étaient réunis pour la cérémonie d’ouverture placée sous le haut patronage de Monsieur Henri Djombo, Ministre du Développement durable, de l’Économie forestière et de l’Environnement de la République du Congo. Les Douanes congolaises ont pris activement part à cette activité par l’intermédiaire du Colonel Ignace MOUBIMA, Chef du Service de Contrôle des Services par intérim à la Direction Départementale des Douanes de Pointe-Noire.

Le Ministre Henri DJOMBO, après avoir remercié tous les participants et particulièrement les Ministres Christian MAGNAGNA de la République Gabonaise et Emmanuel BIZOT de la République Centrafricaine qui ont honoré ces assises, a félicité toutes les entreprises qui ont accepté d’apporter leur savoir-faire et d’exposer leurs produits, particulièrement des maisons en bois, car elles ont voulu faire de ce forum une occasion d’échanges entre les producteurs et les consommateurs de bois d’Afrique Centrale, une opportunité de contacts et de mise en place de partenariat entre décideurs ou acteurs de la gestion durable des forêts.

Le Ministre de l’Economie forestière s’est dit honoré d’ouvrir les travaux de cette édition devant des participants motivés et surtout engagés dans les mutations qui s’opèrent aujourd’hui dans la sous - région d’Afrique Centrale concernant l’utilisation des forêts tropicales. On assiste, en effet, à des changements significatifs dans l’ensemble, changements favorisés par l’harmonisation des politiques et des législations forestières, par la conservation et la gestion durable des forêts, qui illustrent la juste vision que les Chefs d’Etat d’Afrique ont exprimée dans la déclaration de Yaoundé en 1999, inscrite dans les stratégies et les priorités de la majorité des pays.

Le Ministre DJOMBO a indiqué qu’un programme d’observation indépendante de la légalité forestière par les pays est animé par des ONG nationales et internationales et contribue à la transparence et à la bonne gouvernance forestière. Des Accords de Partenariat Volontaire ont été signés ou sont en négociation avec l’Union Européenne, dans le cadre du FLEGT (APV-FLEGT), qui viennent renforcer également les législations et les réglementations forestières nationales et garantir le minimum légal nécessaire que les entreprises en quête d’avenir et d’activités durables doivent observer. C’est pourquoi, a-t-il ajouté, à partir du 1er janvier 2013, l’APV-FLEGT entre en vigueur au Congo et tout le bois commercialisé sur le marché local ou exporté sera accompagné d’une autorisation FLEGT attestant qu’il provient de coupes légales. La planification des coupes à partir de 2012 doit donc tenir compte de la transformation de 85% du bois dans le pays, ainsi que l’exige le code forestier, pour toute entreprise ayant dépassé 3 ans d’existence.

Poursuivant, il a fait observer qu’à ce jour, dans le cadre des actions communes menées dans le Bassin du Congo, on constate avec bonheur que près de 20 millions d’hectares de forêts sur les 55 millions concédés à l’exploitation forestière sont aménagés et que 5 millions d’hectares sont déjà certifiés. Les efforts en cours tendent à améliorer ces performances qui induisent un faible taux de déforestation et ont permis à la sous–région d’anticiper sur le REDD+, malgré le fait qu’elle ne bénéficie que de faibles flux financiers de la communauté internationale pour la préservation de ses écosystèmes forestiers.

Il faut retenir que le Bassin du Congo doit ajuster l’industrie du bois afin qu’elle puisse durablement présenter sur le marché national et à l’exportation des maisons en bois, des meubles, du parquet, des portes, des fenêtres, de la décoration et d’autres produits de qualité. Telle est, au Congo, la directive du Président Denis SASSOU-NGUESSO, que les entreprises ont commencé à suivre pour sortir de la crise financière qui a mis à mal l’économie forestière des pays en développement, orientée vers les exportations. Une bonne industrie doit être intégrée et capable de réduire au minimum les pertes de bois, d’utiliser des essences nouvelles et d’assurer un meilleur rendement de la forêt.

Pour le Ministre DJOMBO, il faut changer d’attitude, accéder à de nouvelles technologies, conquérir les marchés par une politique commerciale offensive, donc changer de culture, pour assurer des lendemains meilleurs à la filière forêt - bois. La taille d’une entreprise ne se distinguera plus par la superficie forestière occupée mais par la gamme et la qualité des produits placés sur le marché, par la valorisation des déchets et par la capacité à créer plus de valeur ajoutée.

En ce qui concerne la lutte contre le changement climatique et la satisfaction des besoins industriels et domestiques en énergie renouvelable, le Ministre congolais de l’Economie forestière a précisé qu’il est de plus en plus envisagé dans la sous-région de développer la cogénération et des technologies peu polluantes. Or, pour que ces efforts aboutissent, il faut que des accompagnements indispensables soient assurés, à savoir : des financements durables et suffisants, le transfert de technologies, le renforcement des capacités, prévus dans le cadre des sources innovantes retenues à Copenhague et Cancun, ainsi que le soutien de la BAD, des Banques régionales de développement et des Banques primaires.

En clôturant son allocution de circonstance, le Ministre Henri DJOMBO a souhaité que les entreprises forestières développent des centres des métiers de la forêt et du bois pour créer des emplois spécialisés décents et durables en faveur des nationaux, et apporter une solution au manque de techniciens spécialisés et d’ouvriers qualifiés, ce qui leur permettra d’assurer pleinement une exploitation forestière à impact réduit, de planifier la production, de garantir une productivité élevée en usine et de mettre sur le marché des produits compétitifs et de qualité.

De son côté, le Président de l’Association Interafricaine des Industries Forestières (IFIA), Monsieur Ralph Ridder a vivement remercié les partenaires de l’évènement : le programme Pro€Invest de la Commission Européenne, la FAO, l’OIBT, l’EFI et le WWF et a salué « l’appui inestimable » des services du ministre Henri Djombo aux organisateurs de RACEWOOD. Il a indiqué que le souci d’intégration apparaît en phase avec le calendrier des actions programmées par son association au regard des enjeux du secteur : la poursuite de l’effort de certification dans le Bassin du Congo et l’Afrique de l’Ouest, le développement d’une filière de transformation du bois local, sans oublier REDD+ et la bioénergie, car la nouvelle réglementation européenne sur le bois est liée au Plan d’action FLEGT qui devrait augmenter la demande de bois certifié FSC.

Au chapitre des progrès de la transformation, Monsieur RIDDER a insisté sur «le partenariat formidable avec la FAO et l’OIBT» qui doit conduire, après les quatre premiers Ateliers sur ce thème, à la rédaction finale du Livre Blanc résumant les recommandations des cinq pays du Bassin du Congo : Cameroun, République du Congo, RDC, Gabon et République Centrafricaine.

Il sied de rappeler que ces assises ont permis non seulement de peaufiner une réforme institutionnelle afin de faciliter la mise en œuvre des politiques forestières locales, nationales et régionales, mais de mettre en exergue le savoir-faire de certaines entreprises forestières qui ont exposé des maisons en bois au bord de la Côte sauvage, en face de l’hôtel Palme Beach de Pointe-Noire.

En marge de cette activité, une exposition vente des maisons en bois a été organisée par les sociétés qui exploitent le bois en République du Congo, parmi lesquelles la Congolaise Industrielle des Bois qui a exposé deux maisons en bois.
La CIB est une société de droit congolais installée à Pokola, dans le Département de la Sangha, qui s’appuie aujourd’hui sur le renforcement des cadres congolais au niveau administratif et technique. Avec une transformation de plus de 90% de son produit, la CIB est en train de valoriser non seulement le savoir-faire national et le produit national, mais aussi de permettre aux Congolais de pouvoir consommer des produits certifiés.

Il faut aussi retenir que la société CIB est certifiée FSC, aujourd’hui le label le plus reconnu par les ONG internationales telles que GREENPEACE et WWF. C’est un produit clé en main qui respecte à la fois la légalité des règles d’exploitation au Congo et la traçabilité du bois, avec la durabilité FSC.

La CIB a présenté deux modèles de maisons, dont la plus grande est de 150 m2 avec terrasse, trois chambres, deux salles de bain, un grand salon, une cuisine et une toilette séparée. Elle est en hauteur sur pilotis de 1,60 m, ce qui permettra aux occupants de développer la construction du rez-de-chaussée.

Le deuxième modèle de 70 m2 comporte deux chambres, une salle de bain, un salon, une cuisine et une terrasse. Elle sera montée sur des pilotis d’une hauteur d’un (1) mètre, ce qui garantit que le bois n’est pas en contact avec le sol, pour éviter l’attaque des insectes destructeurs.

Selon Monsieur Jérôme CASTAGNE, Directeur Commercial de la CIB, « dans le processus de construction, la CIB a utilisé des matériaux conformes pour chaque spécificité ». Les pilotis sont en bois de fer, que les insectes ne peuvent pas attaquer, le soubassement est fait en bois rouge, qui permet de solidifier la structure. Ensuite pour tout ce qui est des murs et des formes qui soutiennent la charpente, on a utilisé le limba séché, pour éviter que les portes ne soient de travers ni la maison bougée et que le bois reste comme il a été conçu. Il a souligné que la CIB a fait un travail de qualité, avec des produits profilés comme on peut trouver en Europe ou en Amérique du Nord. En plus, le bois une fois raboté, a été soumis à un traitement spécial (fongicide et insecticide) de façon que ni la moisissure due à l’humidité, ni les insectes ne puissent l’attaquer. Sans oublier une double couche de peinture spéciale bois qui protège la maison. L’acquéreur pourra assurer un entretien minimum sur les poteaux et les murs contre l’agressivité du sel contenu dans l’air marin.

Pour mettre en place cette politique des maisons en planches, un voyage d’études a été organisé en Guyane, en Amérique du Sud, qui a le même climat et le même type de forêt que le Congo. Au cours de ce déplacement, les délégués de la CIB ont eu beaucoup d’échanges et ont visité des maisons qui datent de plus de 200 ans. Elles sont toujours debout et très solides parce qu’elles sont régulièrement entretenues, peintes et les parquets sont cirés. On compte parmi ces maisons, une cathédrale qui a plus de 200 ans avec plus de 200m2 de bois pour la construction, construite au moment de la colonisation par les Anglais.

En ce qui concerne les prix de ces maisons, Monsieur CASTAGNE a précisé que la plus grande maison est à 40 millions de F CFA, prix qui n’inclut pas le transport entre le lieu de production qui est Pokola dans la Sangha et le lieu de montage. Quant à la plus petite, son prix se situe autour de 30 millions de F CFA.

La Congolaise Industrielle des Bois a indiqué qu’elle est capable de livrer ces maisons aux acquéreurs dans un laps de temps de seize jours. Ces maisons dureront aussi longtemps qu’on les entretiendra. Ce qu’il faut retenir c’est que ces maisons proviennent des plans d’aménagement faits par la CIB qui vont décrire les règles de l’exploitation et récolter les différents bois en les transformant dans les scieries de Lounougou et de Pokola, ce qui veut dire cette société respecte la chaîne de la traçabilité du bois puisqu’on peut connaître l’origine des arbres qui ont servi à produire à la fois le plancher, les murs et les meubles.

Par Nestor Bourangon